Le renouveau des sélections nationales de jeunes : l’embellie aprés la grisaille


Le football sénégalais, à travers ses équipes nationales de petites catégories, commence à émerger au plan international, ces dernières années. Ce renouveau noté et salué par l’ensemble de la famille du ballon rond s’explique, selon les techniciens, comme la réunion d’un certain nombre de facteurs, principalement le développement des centres de formation, la mise en place d’un championnat professionnel régulier et la relance des infrastructures sportives.

Le football de la petite catégorie du Sénégal a été pendant très longtemps le parent pauvre de la discipline. Les équipes nationales de jeunes étaient laissées à elles-mêmes au moment où la sélection A retenait toute l’attention des autorités politiques et sportives. Et même des aficionados du ballon rond. Une élimination d’une sélection nationale de jeunes au cours d’une phase qualificative à une compétition continentale ne dérangeait presque personne.

 

Depuis quelque temps, les nuages semblent se dissiper dans le ciel de ces équipes nationales de jeunes. De plus en plus, elles commencent à émerger en participant aux compétitions africaines, voire mondiales, gagnant l’affection du public sénégalais jadis indifférents à leurs plaintes.

 

C’est d’ailleurs dans ces catégories que le Sénégal a décroché son premier trophée continental avec l’équipe nationale U23 médaillée d’or à la dernière édition des Jeux africains 2015 à Brazzaville, au Congo. La bande à Pape Seydou Ndiaye s’était imposée en finale face au pays organisateur.

 

L’année 2015 a été plutôt faste pour les sélections de jeunes avec deux Coupes d’Afrique des nations (Can) disputées à Dakar chez les U20 et les U23. Les juniors avaient terminé deuxième après avoir perdu la finale (1-0) contre le Nigeria, alors que les moins de 23 ans ont échoué au pied du podium (4e). Mieux, la sélection des moins de 20 ans a fait forte sensation en 2015, en Nouvelle-Zélande, pour sa première participation à une phase finale de mondial de la catégorie. Les poulains de Joseph Koto avaient fait un parcours honorable en atteignant les demi-finales où ils ont été éliminés par le Brésil (0-5). Les juniors brésiliens avaient d’ailleurs perdu la finale (1-2) contre ceux de la Serbie.

 

Cette bonne dynamique des équipes de jeunes s’est poursuivie. Cette année, en 2015, le Sénégal engage sa sélection junior à la coupe d’Afrique 2017 en Zambie. Dans sa phase de préparation, la bande à Mamadou Diarra a participé et remporté le Tournoi international de Doha. Les Lionceaux ont battu en finale l’Uruguay. Ils ont survolé le tournoi en gagnant tous leurs matches face à la Corée du Sud, le Qatar, pays organisateur et l’Uruguay. Dernièrement, les Kotoboys ont remporté leurs 3 matches amicaux, contre le Kenya (en double confrontation 2-0 et 4-0) et la Gambie (2-1).

 

Malheureusement, l’équipe cadette n’a pas eu la réussite de ses aînées.  La formation de Aly Male a été écartée sur le chemin de la Can, Madagascar 2017, par la Guinée. Défaits à l’aller (0-1), les moins de 17 ans ont concédé le nul au retour (1-1).

 

Les centres de formation, pourvoyeurs des sélections de jeunes

 

Depuis une dizaine d’années maintenant, le paysage footballistique sénégalais a connu une évolution non moins importante. A côté des clubs dits traditionnels, végètent des académies comme Diambars, Dakar Sacré-Cœur, Génération Foot, Aspire, entres autres. Celles-ci ont grandi et commencent à se tailler une part du gâteau. Leur avènement n’a pas fait que bouleverser la hiérarchie dans les différents championnats. Il a aussi participé à relever le niveau des équipes nationales de petites catégories. Ayant pour vocation la formation à la base, les centres de formations offrent aux sélectionneurs nationaux des équipes de jeunes, une palette de joueurs plus aguerris et déjà prêts pour la haute compétition. C’est du moins l’avis de certains observateurs. « L’avènement des centres de formation, où les gamins sont pris en compte très tôt, a servi au football sénégalais au niveau des petites catégories. Contrairement aux joueurs provenant des clubs traditionnels qui découvraient le haut niveau très tard en équipe nationale, ceux des centres bénéficient des stages un peu partout en Europe », reconnaît Boucounta Cissé qui a qualifié et conduit l’équipe nationale du Sénégal U17 à sa première et unique Can de son histoire, en 2011.

 

L’ancien coach du Stade de Mbour est d’ailleurs mieux placé pour parler de l’apport des centres de formation dans la composition des effectifs des équipes nationales de jeunes. « En 2011, j’avais eu l’idée de m’appuyer sur le centre de formation du Qatar, Aspire. Il y avait à cette époque-là 7 bons joueurs qui étaient éligibles. Ensuite, j’ai fait le tour au niveau des clubs traditionnels comme le Casa Sport, l’Us Gorée et autres. Mais le socle de la sélection, c’était Aspire », raconte-t-il.

 

Depuis son expérience réussie, la pratique s’est perpétuée. Les joueurs issus des académies de football constituent la colonne vertébrale des sélections aussi bien en U23, en U20, qu’en U17. Ces Académiciens, pour un bon nombre d’entre eux, réussissent à intégrer l’équipe A du Sénégal. Et l’ancien pensionnaire de Génération Foot, Ismaïla Sarr, pour citer le cas le plus récent, en est une parfaite illustration. L’actuel joueur du FC Metz (Ligue 1 française) avait participé aux  Can junior et espoir organisés au Sénégal en 2015, puis à la Coupe du monde U20 la même année. Il a ensuite été convoqué par Aliou Cissé pour la dernière coupe d’Afrique au Gabon.

 

L’apport du championnat professionnel

 

Il y a un fait regrettable dans le football sénégalais qui est l’absence de compétitions chez les jeunes. Cette situation a longtemps été décriée, comme l’a souligné Chérif Kandji. « Mawade Wade disait : un bon junior doit valoir un bon sénior », rapporte-t-il, précisant qu « ’il faut avoir un minimum de 35 matches par saison pour faire une très bonne formation ». Ce qui est loin d’être le cas actuellement.

 

Heureusement, les alternatives ne manquent pas. Car les jeunes joueurs, notamment les moins de 20 ans, parviennent à intégrer les clubs de l’élite. Dans ce sens, l’avènement du professionnalisme au Sénégal a eu un impact positif sur les équipes nationales de petites catégories. C’est en tout cas l’avis de Chérif Kandji. Aux dires de ce dernier, la mise en place d’un championnat professionnel de Ligue 1 et Ligue 2 a créé une plus-value chez les jeunes, notamment les juniors, qui évoluent en sélections de petites catégories et qui sont titulaires dans ces clubs. « Ces compétitions qu’ils accumulent avec les équipes de l’élite remplacent le déficit de matches qu’il y a au niveau de la petite catégorie. Heureusement que nos jeunes joueurs sont utilisés dans le championnat professionnel », se réjouit-il. Ces matches disputés en championnat, analyse-t-il, leur permettent d’en avoir beaucoup dans les jambes. « Ce qui nous a valu ces bons résultats avec Joseph Koto et Aliou Cissé (sélection espoir aux JO 2012 à Londres) », conclut-il.

 

C’est dans le même sens qu’abonde l’entraîneur national des U23, Serigne Saliou Dia, qui a remporté le tournoi de football des Jeux africains, Brazzaville 2015, au Congo. « Chez les U20 surtout, le niveau des compétitions de la Ligue pro permet d’avoir des joueurs aguerris et mentalement bien préparés aux aléas du haut niveau », fait-il comprendre.

 

La relance des infrastructures sportives

 

Depuis quelques années, l’Etat sénégalais a initié dans sa politique sportive un programme de réhabilitation et de construction des infrastructures sportives. C’est ainsi qu’il a été procédé à la modernisation et à la création de plusieurs stades dans les régions et certaines villes de la capitale. Grâce à ces stades, aujourd’hui, tous les matches de Ligue 1 se jouent sur du gazon synthétique. Ce qui a considérablement amélioré la qualité du jeu. « Les infrastructures ont fortement contribué au développement de notre football », affirme le directeur du Centre régional de détection des jeunes talents de Fatick, Salam Lam. Ce centre, d’ailleurs, s’inscrit dans le cadre du projet étatique de décentralisation de la formation des sportifs à la base. La région de Fatick constitue la phase pilote de ce programme qui devrait s’étendre dans les autres régions du Sénégal.

 

A côté des stades, il faut également noter la création du Centre de développement technique (CDT) Jules François Bocandé de Toubab Dialaw. Il est financé conjointement par la Fifa, dans le cadre de son projet Goal 2 et 3, l’Etat du  Sénégal et la Fédération sénégalaise de football (FSF). Disponible depuis 2014, cette infrastructure, inspirée du modèle français, notamment le centre technique de Clairefontaine, a pour vocation de servir de camp de préparation et d’hébergement des équipes nationales. A ce jour, il constitue la Tanière des sélections de jeunes qui y tiennent leurs regroupements fermés.

 

Le Centre Jules François Bocandé est construit dans le village de Toubab Dialaw, situé dans la communauté rurale de Yène. D’une superficie de 7 hectares, il présente l’avantage d’être loin du bruit et proche de l’aéroport international Blaise Diagne de Diass. Le CDT est doté de deux terrains, un en gazon synthétique et un autre en gazon naturel. Il dispose également d’un local d’hébergement, d’un restaurant, d’une salle polyvalente et d’un bloc médical. « Les conditions de travail sont formidables avec le centre Jules Bocandé de Toubab Dialaw qui est un bon cadre pour se préparer », a confié le chargé de la petite catégorie à la FSF, Mbaye Diouf Dia.

 

Appréciant positivement l’érection de cette infrastructure, le sélectionneur national de l’équipe U23, Serigne Saliou Dia, estime que ce joyau a joué un rôle important dans le « renouveau » du football sénégalais au niveau de la petite catégorie. « L’acquisition du Centre Jules Bocandé de Toubab Dialaw permet des regroupements permanents », dit-il. C’est ce qui fait dire à Salam Lam qu’il y a « moins de soucis pour les préparations et les prises en charge des équipes nationales, notamment les sélections de jeunes qui y trouvent un cadre adéquat ».

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