CAN 2002 – 2019 : 17 ans après et toujours pas la coupe !


Il n’y a rien de plus dégoûtant et absolument écœurant que de voir une chasse aux sorcières après une défaite en finale et une désillusion d’une telle ampleur. On se dit que le Sénégal doit et se doit de gagner, en omettant que nous n’avons connu que 2 finales depuis les indépendances, que ces 2 finales datent de ce siècle et qu’elles sont dans un intervalle de 17 ans.

Nous réclamons quelque chose qui ne nous appartient pas et pensons être en droit de l’exiger alors que non, nous n’en sommes qu’au stade de l’espoir. Nous ne pouvons pas faire comme les pays vainqueurs de CAN pour une raison aussi simple que stupide : nous ne l’avons jamais gagnée, cette coupe d’Afrique. Nous devons apprendre comment gagner et c’est là que la notion de devoir intervient : on PEUT gagner certes, cependant DOIT-on gagner parce que c’est ce qui nous plairait et mettrait de la joie dans nos cœurs ou DOIT-on gagner parce que nous avons tout fait pour ? Avons-nous tout fait pour, dans toutes les sphères ?

Un DEVOIR requiert au préalable un SAVOIR et il est pour le moment assez clair que nous ne l’avons pas. Football Heritage dirait Mourinho. Nous savons arriver jusqu’en finale mais nous ne savons pas encore comment les gagner. Perdre en revanche oui, ça, nous savons le faire et plutôt bien d’ailleurs, dans toutes les catégories d’âge. Pour gagner, il faut être prêt à tout, il faut aimer souffrir et adorer la difficulté, il faut se dire que jamais il n’existera un prétexte assez fort pour ne pas gagner. Pas de phrases du genre « les Algériens font plus de 30 fautes par match, les algériens sont vicieux, les arbitres ne sont pas compétents, on ne sait pas tirer les penalties ou les CPA, on prend un but venu d’ailleurs, tel joueur a fait une erreur, tel autre n’a pas fait la passe ou a raté, le monde entier est contre nous, notre meilleur joueur est suspendu… »

Qu’ils soient des faits avérés et vérifiés ne justifiera jamais en soi une défaite : quand on sait gagner, on sait que peu importe ce qui se passera, il faudra passer outre et gagner. Pas d’excuses. Pas de « mais ». Rien d’autre que la victoire, car c’est elle que retient l’histoire et pas les 66 fautes de l’adversaire en 2 matchs. Quand on sait gagner on le fait malgré tous les défauts qu’on peut avoir et malgré tous les évènements préjudiciables indépendants de notre volonté parce qu’on fait fi de tout cela, on gagne et on passe à autre chose.


Les joueurs parfaits et le coach parfait n’existent pas, les choix parfaits non plus. Dans le football, tout est très souvent affaire de compensation et d’équilibre global, et ce à tous les postes, que ce soit en défense, au milieu ou en attaque. Cette remarque est tout aussi valable pour le footballeur en général, qui a des qualités le mettant en valeur malgré ses points faibles ou pour l’entraîneur qui fait des choix conditionnés par ses choix précédents ou par les joueurs eux-mêmes et leurs qualités. Quand on choisit un joueur au détriment d’un autre, c’est pour ses qualités et malgré ses défauts, c’est pour ce qu’il pourrait apporter à l’équipe, qu’il s’agisse, de qualités physico-techniques de passe, de finition, de vitesse, de percussion, de couverture défensive, de marquage, d’endurance, de pressing, de centres, d’espaces créés, de combinaison, entre autres, ou même de qualités psycho-mentales telles que la réactivité, la prise de décision ou celle cruciale du leadership. Il en va de même pour le coach et son staff, on sait ce qu’ils peuvent apporter et c’est pourquoi eux sont choisis et pas d’autres.

Tout le monde a des limites et elles sont plutôt connues. Vous remarquerez que je ne cite volontairement pas de noms car dans cette compétition les 2 finalistes ont montré que ce n’était pas affaire de noms mais plutôt de collectif, de symbiose, de synergie où il y a harmonie entre les qualités et les défauts. Ensemble. C’est ce qu’il faut dans un sport où les détails font si souvent la différence. Équipe. Les individualités se fondent dans le collectif et ensuite à chacun de briller pour aider l’équipe. Entraide.

Les attentes humaines, elles, sont incontrôlables et irrationnelles car issues d’un monde factice passionnel imaginé par notre subconscient où tout est beau et rose, où tous les rêves sont permis et acquis. Le match parfait est un mythe. Il n’y en a tout simplement pas. Le football a montré que les scénarios les plus fous existent bel et bien, aussi difficiles et impossibles puissent-ils paraître, ce qui nous donne exactement 0 prétextes justificatifs d’une défaite. Alors si en voulant résumer toute une finale et par extension tout un tournoi et toute une génération à quelques évènements isolés, non seulement on se trompe mais on montre que la plus triste, cruelle, vile et méchante des vérités est elle seule la raison de notre échec : nous ne savons pas gagner.

Félicitations à nos lions pour ce parcours magnifique où ils auront fait rêver plus d’un sceptique. Ils ont été braves dans la mesure du possible. Félicitations aux algériens qui méritent cette victoire plus que quiconque ne ménageant aucun effort et se donnant tous les moyens pour y arriver.

 

Emedia

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